Photographier la forêt

Photographier la forêt

Dans la photo de paysage, Les forêts sont considérées comme les sujets les plus difficiles à photographier. La forêt est un lieu encombré, fouillis, difficile de trouver de bonnes compositions, d’isoler de jolies scènes, et d’en faire ressortir toute la magie. C’est une photo exigeante. Par chance, les forêts sont relativement nombreuses, et faciles d’accès, ce qui permet d’y retourner souvent pour espérer avoir les bonnes conditions de lumière, et,  avec un peu d’observation de trouver des scènes intéressantes et poétiques.

Dans le sac photo

Un boitier reflex, un grand angle + un téléobjectif style 70-200 mm, 70-300.. L’écran orientable tactile est un plus pour le confort.

Le grand angle, 17-40 mm, 24-70 mm… ou carrément l’hyper grand angle 10-20 mm, pour les vues larges dans les lieux plus épurés, pour capturer l’entièreté des rais de lumière, ou pour cadrer un arbre entier.

Le téléobjectif jusqu’à 300 mm, pas plus, pour resserrer et isoler une scène un peu encombrée, ou encore aller chercher la partie brumeuse qui se trouve le plus souvent au fond de la scène sans quitter les sentiers mais aussi parce que plus vous vous en approchez, plus elle s’atténue. Même chose pour les harpes solaires.

Un trépied : indispensable car la vitesse d’obturation chute très vite, il permet de garder une sensibilité iso la plus basse possible. Cela permet de bien visualiser sa composition, de prendre le temps, de peaufiner son cadrage ou de le corriger.

Filtre polarisant : pour éviter les reflets brillants sur les feuillages, matifier le rendu, et intensifier les couleurs. C’est le complément indispensable en photo de paysage, le mien est fixé en permanence sur mes objectifs.

A cela, vous pouvez ajouter une télécommande, utile dans beaucoup de situations, sinon, le mode retardateur est parfait.

Faute de boitier reflex, Un bridge ou un hybride qui sont en pleine évolution actuellement feront parfaitement l’affaire également et sont plus légers.

Les réglages

Mode priorité ouverture afin de gérer la profondeur de champ, le boitier s’occupe du reste. Mieux, le mode Manuel et vous maitrisez vous-même tous les paramètres. Vitesse, ouverture, iso. Mode iso auto ou manuel.
Comme j’utilise un trépied, je reste sur 100 iso, sauf en cas de vent léger. Ne pas hésiter à augmenter la vitesse d’obturation et les iso afin de fixer les feuillages et éviter qu’ils soient flous.
Le vent reste votre ennemi, aussi, il sera plus sage autant pour vos photos que pour votre sécurité de ne pas faire de sortie s’il est trop présent.

En photo forestière, on aimera garder la zone de netteté la plus large possible. Avoir les arbres nets en avant plan, jusqu’au fond de l’image. On choisira une petite ouverture (grande valeur de f/), entre f/8 et f/16. Sinon, f/11 reste un bon compromis. Choisissez entre f/16 et f/22 pour que le soleil se “transforme” en étoile. F/8 si vous l’aimez plus diffus. Attention, les valeurs au dessus de f/16 peuvent affecter le piqué de l’image selon les objectifs ( phénomène de diffraction )

On peut utiliser l’hyperfocale, ou l’empilement d’images, ou focus stacking dans photoshop pour les plus avancés. Ceci dit, le fond de l’image peut souffrir d’un léger flou sans nuire à la composition. Notamment en cas de brouillard.

En résumé : Mode M – 100 iso – f/11 – vitesse d’obturation en fonction de la lumière et de l’ambiance recherchée, + sombre ou + clair, contrôler sur l’écran en live view .

Les conditions météo, la lumière…

Il va sans dire que le choix de la lumière est la base même d’une bonne photo, du sens qu’on souhaite lui donner et de son atmosphère. La photo forestière en est l’exemple même.
Alors, commencez par bannir les journées ensoleillées. Comme ça c’est fait 😉
La lumière directe du soleil produit des contrastes trop importants. Vous allez avoir des taches de lumière partout, et des zones sombres sans détail. Au mieux, cette lumière conviendra pour obtenir de jolis ronds de lumière en arrière-plan sur les champignons.

Aucun problème par contre avec la lumière du petit matin et si le taux d’humidité est élevé, alors vous aurez ces superbes rais de lumière, ces harpes solaires magiques et éphémères. Elles se produisent environ 1 heure après le lever du soleil.

Un temps sec et couvert, une sortie après la pluie en ajoutant un filtre polarisant pour éviter que les feuilles brillent, et c’est parti pour des ambiances ” moody “, lugubres, sombres, douces… C’est sans limites.

Si vous avez la chance de vous retrouver dans le brouillard, cela ajoute une atmosphère magique, éthérée, et donne de la profondeur à votre composition, un élément que je trouve très important en photographie forestière. Malheureusement ces conditions sont de plus en plus rares, même en Belgique, alors profitez un max lorsque vous en avez.
N’hésitez pas à consulter les applications météo la veille d’une sortie, notamment les taux d’humidité indiqués.

Les éléments de composition

Une photo qui raconte une histoire

La profondeur

Vous avez devant vous une jolie scène ? installez le trépied, c’est le moment de placer vos éléments dans votre image. il est toujours bon d’ajouter un élément spécial qui attire l’attention, un détail qui ressort. Un arbre spécial, de forme étrange, un arbre mort avec des champignons dessus, une petite mare, des fleurs, un sentier, ou le soleil entre deux arbres qui forme une étoile… Ce détail sur lequel on va se concentrer permet de faciliter la recherche de composition qui l’entoure.

Un élément extrêmement important qui, bien placé, dirige le regard du spectateur vers le fond de l’image et donne l’impression que la forêt continue. Utiliser pour cela les lignes directrices créées par des branches ou des arbres tombés vers l’arrière-plan, ou encore un sentier qui serpente dans la forêt… Et vous avez une photo qui raconte une histoire. L’œil du spectateur fait le tour de l’image, et n’a plus envie d’en sortir, alors c’est gagné.

La lumière et la brume contribuent grandement à ce sentiment de profondeur. Le brouillard va donner ce merveilleux flou, cette douceur, réduisant du même coup le fouillis de branches, la scène sera plus épurée. Les petites clairières ajoutent également de la lumière et de la profondeur aux images.

Les bords de l’image

Veillez à prendre soin des bords du cadre, assurez-vous que cette zone contribue également à la composition. Tout est important, ne négligez aucune partie de votre image. Pour la partie supérieure, éviter d’inclure du ciel ou des trous de lumière dans le feuillage qui attirent l’œil, sauf si vous recherchez un effet spécial de lumière douce et diffuse dans votre composition.

Sur le terrain

Un bouquet d’arbres original

Lorsque vous avez trouvé le petit détail qui attire votre attention, n’hésitez pas à tourner autour autant qu’il est possible de le faire, afin de chercher l’angle le plus propice à une belle composition.

Ensuite installez votre appareil et faites quelques essais, avec différents cadrages et différentes focales. Prenez le temps de regarder sur votre écran ce qui vous semble le plus esthétique, et correspond à votre vision personnelle. Si rien ne vous parle, recommencez un peu plus loin, et ainsi de suite.
Prenez votre temps, marchez lentement ou faites carrément une pause. Observez, imprégnez-vous de la forêt. La patience est la clé.

Post-traitement

Il est clair qu’une photo de forêt demande du post traitement. L’image brute est le plus souvent terne et sans saveur, il faut donc la finaliser afin de l’emmener dans votre univers, et en faire ressortir toute la magie. ( J’aborde le sujet plus en détail dans cet article )

Laissez tomber les préjugés et n’écoutez que votre sensibilité et vos envies. Réchauffer les couleurs, donnez du contraste, de la profondeur, un petit effet Orton pour la féérie, ce sont des traitements simples qui fonctionnent bien. N’en faites pas trop, si vous voulez garder un rendu naturel et réaliste. Et si vous préférez un rendu surréaliste, plus dynamique, alors allez-y, faites péter les couleurs !! 😉

Que photographier au fil des saisons ?

Le printemps, avec ses jeunes feuilles vert tendre donneront de la douceur à vos photos. Avril pour les jacinthes des bois si vous avez la chance d’en avoir près de chez vous ou bien de visiter le Hallerbos proche de Bruxelles… L’Anémone sylvie et l’ail des ours, un tapis de jonquilles, sont des sujets sympas, lorsque les arbres baignent dedans. A exploiter aussi en proxi.

L’été, pour les feuillages bien denses, les balades au frais, mais seulement si le ciel est voilé ou couvert.

L’automne est la saison la plus riche, c’est la préférée des photographes. La brume présente le matin après une nuit claire et fraiche, les rayons de soleil qui transpercent la forêt, des toiles d’araignées, les tons chauds des feuillages et des fougères, et bien sûr, les champignons… C’est une saison qui passe très vite au vu de la multitude de sujets possibles et d’histoires à raconter, les feuilles tombent vite, alors, je la ratez pas !

Enfin l’hiver, la saison où la nature se repose. Moins intéressante sauf par temps de brouillard, et carrément féérique sous la neige ou le givre.

Chaque saison a son charme, profitez, détendez-vous, la forêt est un milieu très relaxant. Une belle connexion ou reconnexion à la nature.



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