Photographier la forêt

Photographier la forêt

Dans la photo de paysage, Les forêts sont considérées comme les sujets les plus difficiles à photographier. La forêt est un lieu encombré, fouillis, difficile de trouver de bonnes compositions, d’isoler de jolies scènes. C’est une photo exigeante. Par chance, les forêts sont relativement nombreuses, et faciles d’accès, ce qui permet d’y retourner souvent pour espérer avoir les bonnes conditions de lumière, et,  avec un peu d’observation de trouver des scènes intéressantes et poétiques.

Dans le sac photo

Un boitier reflex, un grand angle + un téléobjectif style 70-200 mm, 70-300.. L’écran orientable tactile est un plus pour le confort.

Le grand angle, 17-40 mm, 24-70 mm… ou carrément l’hyper grand angle 10-20 mm si vous êtes sur APSC, pour les vues larges dans les lieux plus épurés, pour capturer l’entièreté des rais de lumière, ou pour cadrer un arbre entier. Sympa aussi pour jouer avec les perspectives.

Le téléobjectif : idéalement un zoom, jusqu’à 300 mm, pas plus. J’utilise le 70-200 mm f/4 L, non stabilisé car pas besoin sur trépied. Il est de fait plus léger, et moins cher. Je l’utilise sur 90% de mes photos de forêt car suffisamment polyvalent. Il permet de resserrer et isoler une scène un peu encombrée, ou aller chercher la partie brumeuse au fond de la scène sans quitter les sentiers, mais aussi parce que plus vous vous en approchez, plus elle s’atténue. Même chose pour les harpes solaires. Le fait de pouvoir dézoomer, permet un cadrage très précis des éléments que l’on souhaite inclure dans la scène, ou pas.

Un trépied : indispensable car la vitesse d’obturation chute très vite en forêt. Il permet de garder une sensibilité iso la plus basse possible. Cela permet de bien visualiser sa composition, de prendre le temps, de peaufiner son cadrage ou le corriger.

Filtre polarisant : pour éviter les reflets brillants sur les feuillages, matifier le rendu, et intensifier les couleurs. C’est le complément indispensable en photo de paysage.

A cela, vous pouvez ajouter une télécommande, (sans fil c’est mieux), sinon, le mode retardateur est parfait.

Faute de boitier reflex, Un bridge fera parfaitement l’affaire. Les hybrides, bien qu’encore chers pour les full frames, sont en pleine évolution et déjà très prisés des photographes paysagistes.

Les réglages

Mode priorité ouverture afin de gérer la profondeur de champ, le boitier s’occupe du reste.
Mieux, le mode Manuel et vous maitrisez vous-même tous les paramètres. Vitesse, ouverture, iso. Mode iso auto ou manuel.
Comme j’utilise un trépied, je reste sur 100 iso.
Le vent reste votre ennemi, aussi, il sera plus sage autant pour vos photos que pour votre sécurité de ne pas faire de sortie s’il est trop présent.
Si un vent se lève pendant votre sortie, augmentez la vitesse d’obturation et les iso afin de fixer les feuillages et éviter qu’ils soient flous. Sauf si vous aimez l’effet bien sûr.

En photo forestière, on aimera garder la zone de netteté la plus large possible. Avoir les arbres nets en avant plan, jusqu’au fond de l’image.
On choisira une petite ouverture (grande valeur de f/), entre f/8 et f/16. Sinon, f/11 reste un bon compromis.
Choisissez entre f/16 et f/22 pour que le soleil se “transforme” en étoile.
F/8 si vous l’aimez plus diffus.
Attention, les valeurs au dessus de f/16 peuvent affecter le piqué de l’image selon les objectifs ( phénomène de diffraction )

Vous pouvez utiliser l’hyperfocale, ou l’empilement d’images, ou focus stacking dans photoshop pour les plus avancés. Ceci dit, le fond de l’image peut souffrir d’un léger flou sans nuire à la composition. Notamment en cas de brouillard.

En résumé : Mode M – 100 iso – f/11 – vitesse d’obturation en fonction de la lumière et de l’ambiance recherchée, + sombre ou + clair, contrôler sur l’écran en live view .

Les conditions météo, la lumière…

Il va sans dire que le choix de la lumière est la base même d’une bonne photo, du sens qu’on souhaite lui donner et de son atmosphère. La photo forestière en est l’exemple même.
Alors, commencez par bannir les journées ensoleillées. Comme ça c’est fait 😉
La lumière directe du soleil produit des contrastes trop importants. Vous allez avoir des taches de lumière partout, et des zones sombres sans détail. Au mieux, cette lumière conviendra en proxi, pour obtenir de jolis ronds de lumière en arrière-plan sur les champignons.

Aucun problème par contre avec la lumière du petit matin et si le taux d’humidité est élevé. Le soleil montant, combiné avec la brume vous donnera ces superbes harpes solaires magiques et éphémères. Elles se produisent environ 1 heure après le lever du soleil. Ces conditions sont plus rares, alors profitez !

Un temps sec et couvert, une sortie après la pluie en ajoutant un filtre polarisant pour éviter que les feuilles brillent, et c’est parti pour des ambiances ” moody “, lugubres, sombres, douces… C’est sans limites.

Si vous avez la chance de vous retrouver dans le brouillard, cela ajoute une atmosphère magique, éthérée, et donne de la profondeur à votre composition, un élément que je trouve très important en photographie forestière. Malheureusement ces conditions sont de plus en plus rares, même chez moi, en Belgique, alors profitez un max lorsque vous en avez.
N’hésitez pas à consulter les applications météo la veille d’une sortie, notamment les taux d’humidité indiqués.

Les éléments de composition

Une photo qui raconte une histoire

La profondeur

Vous avez trouvé une jolie scène ? installez le trépied, c’est le moment de placer vos éléments dans votre image. il est toujours bon d’ajouter un élément spécial qui attire l’attention, un détail qui ressort. Un arbre spécial, de forme étrange, un arbre mort avec des champignons dessus, une petite mare, des fleurs, un sentier… Le soleil entre deux arbres, formant une étoile… Ce détail sur lequel on va se concentrer permet de faciliter la recherche de composition qui l’entoure.

Des éléments extrêmement importants, qui, bien placés, dirigent le regard du spectateur vers le fond de l’image et donnent l’impression que la forêt continue. Utilisez pour cela les lignes directrices créées par des branches ou des arbres tombés. Plus simple, un sentier qui serpente dans la forêt… Et vous avez une photo qui raconte une histoire. L’œil du spectateur fait le tour de l’image, et n’a plus envie d’en sortir, alors c’est gagné.

La lumière et la brume contribuent grandement à ce sentiment de profondeur. Le brouillard va donner ce merveilleux flou, cette douceur, atténuant du même coup le fouillis de branches, la scène sera plus épurée. Les petites clairières ajoutent également de la lumière et de la profondeur aux images.

Les bords de l’image

Veillez à prendre soin des bords du cadre, assurez-vous que cette zone contribue également à la composition. Tout est important, ne négligez aucune partie de votre image.
Pour la partie supérieure, éviter d’inclure du ciel ou des trous de lumière dans le feuillage qui attirent l’œil, sauf si vous recherchez un effet spécial de lumière douce et diffuse dans votre composition. Il vous faudra les placer judicieusement. Le trou blanc sur la limite du bord supérieur gène la vision. Cadrer juste en dessous dynamise la photo.

Sur le terrain

Un bouquet d’arbres original

Lorsque vous avez trouvé le petit détail qui attire votre attention, n’hésitez pas à tourner autour autant qu’il est possible de le faire, afin de chercher l’angle le plus propice à une belle composition.

Ensuite installez votre appareil et faites quelques essais, avec différents cadrages et différentes focales. Prenez le temps de regarder sur votre écran ce qui vous semble le plus esthétique, et correspond à votre vision personnelle. Si rien ne vous parle, recommencez un peu plus loin, et ainsi de suite. Quelques pas de côté suffisent parfois.
Prenez votre temps, marchez lentement ou faites carrément une pause. Observez, respirez, imprégnez-vous de la forêt. La patience est la clé.

Post-traitement

Il est clair qu’une photo de forêt demande du post traitement. L’image brute est le plus souvent terne et plutôt banale. Il faut donc la finaliser afin de l’emmener dans votre univers, et en faire ressortir toute la magie. ( J’aborde le sujet plus en détail dans cet article )

Laissez tomber les préjugés et n’écoutez que votre sensibilité et vos envies. Réchauffer les couleurs, donnez du contraste, de la profondeur, un petit effet Orton pour la féérie, ce sont des traitements simples qui fonctionnent bien. N’en faites pas trop, si vous voulez garder un rendu naturel et réaliste. Et si vous préférez un rendu surréaliste, plus dynamique, alors allez-y, libérez-vous et faites péter les couleurs !! 😉

Que photographier au fil des saisons ?

Le printemps, avec ses jeunes feuilles vert tendre donneront de la douceur à vos photos. Avril pour les jacinthes des bois si vous avez la chance d’en avoir près de chez vous ou bien de visiter le Hallerbos proche de Bruxelles… L’Anémone sylvie et l’ail des ours, un tapis de jonquilles, sont des sujets sympas, lorsque les arbres baignent dedans. A exploiter aussi en proxi.

L’été, pour les feuillages bien denses, les balades au frais, mais seulement si le ciel est voilé ou couvert.

L’automne, est la saison la plus riche, c’est la préférée des photographes. La brume présente le matin après une nuit claire et fraiche. Les rayons de soleil qui transpercent la forêt, les toiles d’araignées… Les tons chauds des feuillages et des fougères, et bien sûr, les champignons… C’est une saison qui passe très vite au vu de la multitude de sujets possibles et d’histoires à raconter, les feuilles tombent vite, alors, ne la ratez pas !

L’hiver, la saison où la nature se repose. Moins intéressante sauf par temps de brouillard, les branches deviennent fantomatiques. Sinon, attendez la neige pour des scène féériques.

Chaque saison a son charme, profitez, détendez-vous, la forêt est un milieu très relaxant. Une belle connexion ou reconnexion à la nature.